Explosion de la consommation électrique des centres de données liée à l'IA
L'étude publiée le 17 décembre 2025 révèle que l'essor de l'IA générative entraîne une multiplication sans précédent des besoins électriques.
Un centre de données dédié à l'IA consomme jusqu'à 100 MW, soit dix fois plus qu'un centre classique (10 à 25 MW), équivalant à la consommation annuelle de 100 000 foyers.
En France, la consommation électrique des centres de données devrait doubler d'ici 2030 pour atteindre 12 à 20 TWh, soit 4% de la consommation nationale en 2035 contre 10 TWh au début des années 2020.
Cette explosion s'explique par les processeurs graphiques spécialisés nécessaires au développement de modèles d'IA, particulièrement énergivores lors de l'inférence qui représente 80 à 90% de la puissance de calcul utilisée.
L'électricité constitue désormais 30 à 50% des charges d'exploitation d'un centre de données.
Face aux risques de saturation du réseau en Île-de-France et à Marseille, et aux délais de raccordement de cinq à sept ans, les pouvoirs publics ont identifié 65 sites d'accueil dont 16 en région Hauts-de-France et mis en place des procédures accélérées.
Les géants américains Microsoft, Amazon, Google et Meta sécurisent leur approvisionnement via des partenariats stratégiques avec des fournisseurs d'énergie décarbonée, incluant le nucléaire et les énergies renouvelables.
L'accès à l'énergie, principal enjeu concurrentiel du secteur
L'Autorité identifie l'accès à l'énergie comme facteur majeur de distorsion de concurrence.
Les trois géants Amazon, Google et Microsoft contrôlent 58% de la capacité mondiale des centres de données et disposent d'une puissance financière leur permettant de négocier des conditions avantageuses, créant des barrières pour les acteurs de taille modeste.
L'Autorité appelle à la vigilance face aux risques de réservation excessive de capacités électriques et de verrouillage du marché. La frugalité émerge comme nouveau paramètre de concurrence : l'AFNOR a publié un référentiel en juin 2024 et Mistral AI communique sur l'impact de ses modèles, avec une différence d'un facteur 100 entre ses modèles les plus volumineux et les plus légers.
L'Autorité met en garde contre le "green washing" et souligne l'importance de la standardisation initiée lors du Sommet de février 2025 par la Coalition pour l'IA durable (France, PNUE, UIT).
Impact environnemental global au-delà de la seule électricité
Au-delà de la consommation électrique, les centres de données exercent une pression croissante sur d'autres ressources.
Le volume d'eau prélevé a atteint 0,6 million de m³ en 2023 avec une croissance de 19%, Microsoft et Google rapportant une hausse d'environ 30% de leur consommation pour le refroidissement des serveurs.
Les serveurs nécessitent également des métaux rares (indium, gallium, tantale) dont la quantité requise pourrait être multipliée
par trois à dix d'ici 2050. L'étude ADEME-Arcep révèle que le numérique représente 4,4% de l'empreinte carbone nationale, dont 46% provient des centres de données. Entre 2022 et 2023, leurs émissions ont augmenté de 11% (137 000 tonnes). Google et Microsoft annoncent respectivement +48% et +30% d'émissions depuis 2019.
Conclusion et appel à l'action de l'Autorité
L'Autorité de la concurrence formule deux points de vigilance principaux : la nécessité de disposer de données fiables et transparentes pour éviter qu'une poignée d'acteurs bénéficient d'un avantage décisif, et l'importance de garantir un accès équitable aux zones d'implantation et à l'énergie décarbonée.